Avertissement concernant les commentaires envoyés au blog : Suite la diffusion sur W9 de l'émission "R.I.P. : Chasseurs de fantômes" et à la publication d'un "billet d'humeur" signé Erick Fearson sur le blog de Maison-Hantee.com, de nombreux internautes nous font part de leurs réactions en faveur ou contre la position d'Erick. Je tiens à rassurer nos lecteurs que nous n'exerçons aucune censure sur les commentaires, même ceux de nos détracteurs, à condition que les propos ne soient ni vulgaires, ni diffamatoires. En outre, nous comprenons votre impatience d'être publiés mais merci de laisser au modérateur le temps de consulter ces commentaires avant d'en approuver la mise en ligne. Merci de votre compréhension, de votre enthousiasme et de votre fidélité à notre site. Le débat continue... O.V.
vendredi 16 janvier 2009
vendredi 9 janvier 2009
Les monstres : Guide de la cryptozoologie
Même si j’en ai fait ma spécialité, ceux qui me connaissent savent que je ne m’intéresse pas uniquement aux fantômes et aux lieux hantés. En effet, le monde de l’étrange et du bizarre dans sa grande largeur me fascine tout autant. Les phénomènes Fortéens en sont un exemple, tout comme l’univers de la cryptozoologie (1) et de la tératologie (2). C’est donc de cryptozoologie dont il sera question aujourd’hui. Sujet passionnant qui m’a amené, il y a quelques années, sur les rives du Loch Ness à Inverness. Je n’ai malheureusement pas vu le monstre mondialement connu, comme je n’ai pas croisé, à mon grand regret, le chemin du légendaire Kraken lors de mes navigations près des côtes de la Norvège et de l’Islande. Mais je ne désespère pas un jour, de me retrouver face à un cryptide en chair et en os.Pour le lecteur néophyte qui voudrait s’intéresser à ce domaine, il existe bien sûr des ouvrages de référence. Les livres de Bernard Heuvelmans, considéré comme le père de la cryptozoologie moderne, sont les classiques du genre à étudier. Néanmoins, certains ouvrages peuvent êtres ardus à lire pour les débutants. C’est pourquoi je voudrais m’adresser à ces derniers en leur signalant la sortie d’un très beau guide : « Les Monstres : Guide de la cryptozoologie » de Rory Storm*. Ce livre leur permettra d’entrer en douceur et d’une manière tout à fait ludique dans le royaume de ce bestiaire fabuleux et fascinant.
Après une rapide introduction à la cryptozoologie, l’auteur nous invite à suivre les traces, continent après continent, des monstres qui peuplent notre bien étrange planète. Evidemment, vous y croiserez les plus célèbres d’entres eux comme le Yéti et son cousin américain le Sasquatch, le Chupacabra, le Diable de Jersey ainsi que ceux évoqués en début d’article. Mais vous y découvrirez aussi des cryptides moins connus qui méritent toute notre attention. Tel le Bunyip d’Australie dont, semble-t-il, un crâne fut exposé à l’Australian Muséum de Sydney, ou encore le terrifiant Kongamoto de Zambie qui fut aperçu par le zoologue Ivan T. Anderson. Notons aussi l’Ebu Gogo d’Indonésie qui a fait parler de lui en 2003. En effet, les ossements retrouvés sur l’île de Florès, cette année-là, furent attribués à cet homme sauvage et légendaire qui a toutes les caractéristiques d’un Hobbit ! (3) A ce sujet, notons au passage la découverte stupéfiante, faite en début d’année 2008, de micro-humains en Micronésie (4).
En totalité, vous ferez connaissance avec une petite quarantaine de monstres. Chaque cryptide est accompagné de son croquis et de sa fiche d’identité. Cette dernière vous révèlera son aspect, son habitat ainsi que son origine. Bien sûr, les nombreuses anecdotes ne manquent pas. A la fin de chaque chapitre, vous aurez la possibilité d’écrire vos notes et vos observations sur les pages prévues à cet effet.
Suite à ce tour du monde, l’ouvrage fait le point sur la cryptozoologie aujourd’hui et les découvertes de ces dernières années. Il dresse ensuite un annuaire des plus fameux chasseurs de monstres d’hier et d’aujourd’hui et répond aux questions fréquemment posées sur le sujet. Enfin, un glossaire clôture ce guide à mettre dans toutes les mains y compris - et surtout ! - celles des plus jeunes.
Pour conclure, je tiens à féliciter les Editions Gremese pour le soin particulier apporté à l’ouvrage. Je suis un amoureux des livres et, pour moi, le contenant doit être aussi intéressant que le contenu. De ce point de vue, ce guide de la cryptozoologie est un régal. La couverture façon « peau de lézard » est du plus bel effet. Elle est agrémentée, de plus, de deux étiquettes « néo-rétro » lui conférant un charme désuet qui est un régal pour les yeux. Enfin, les nombreuses illustrations crayonnées et les photos façon « sépia » qui jalonnent les pages parcheminées de ce carnet de route d’un chasseur de monstres aura, je l’espère, le pouvoir d’enflammer votre imagination et de réveiller le traqueur de cryptides qui sommeille en vous. E.F.
*Editions Gremese International
jeudi 8 janvier 2009
R.I.P. : Même pas peur !
Après la diffusion sur W9 de "R.I.P. : Chasseur de fantômes", j’ai reçu quelques lettres de la part d’internautes décontenancés pour me faire part de leurs interrogations. Avant toute chose, et pour répondre à certains, je tiens à préciser que je n’ai rien à voir, de près comme de loin, avec cette organisation. Point final. Je pourrais m’en tenir là mais, en tant que chasseur de fantômes, je me sens obligé de prendre la plume, avec le souci d’être le plus objectif possible, car la plupart des lecteurs de Maison-Hantee.com m’ont demandé ma position sur ce programme et sur cette équipe, inconnue jusqu’ici du milieu des experts en paranormal. J’ai alors péniblement regardé cette émission, en différé. J’en suis resté « cloué sur place ». Quelle mascarade ! Je m’explique.
Par Erick Fearson*
R.I.P. Qui se cache derrière cette abréviation aux multiples sens ? L’introduction de l’émission nous laisse supposer que ce groupe, composé de jeunes gens, est une équipe de professionnels. Mais professionnels en quoi ? Contrairement à ce que nous dit le générique et ce qu’affirme certains médias régionaux (1), on peut émettre une certitude : juridiquement parlant, ils ne sont pas professionnels dans la recherche parascientifique et encore moins dans les techniques d’investigations de lieux hantés. Cette certitude est d’autant plus flagrante, après avoir visionné leur "enquête". Ils exercent avant tout leurs activités via une société de production audiovisuelle (2). Le but avoué est clair. Ce n’est pas le paranormal qui les intéresse mais bien la production audiovisuelle. Peu importe le flacon pourvu qu’on ait l’ivresse… Notons aussi que cette équipe est composée d’étudiants qui jouent le rôle de chasseurs de fantômes (3).
Malgré leur jeune âge, ils s’autoproclament "experts" (sic) dans le domaine et recherchent des preuves scientifiques en suivant un protocole bien établi. Ce qui, somme toute, part d’un bon sentiment et est compréhensible pour convaincre une société cartésienne comme la nôtre. Mais le résultat n’est pas à la hauteur des promesses.
Laissez les mauvaises langues "reposer en paix" !
Le concept entièrement original et "100% français", nous dit-on, est tout droit sorti de l’imagination fertile de l’équipe R.I.P. On nous promet du "jamais vu à la télé française" ! Jugez plutôt : R.I.P. invite une célébrité, en l’occurrence Sofia Essaïdi, la Cléopâtre du nouveau spectacle musical de Kamel Ouali, à passer deux nuits dans un endroit hanté, afin de lui apprendre les rudiments du métier de chasseur de fantômes et ainsi découvrir la vérité sur le spectre qui hante le lieu. Les mauvaises langues pourraient dire que cela ressemble à s’y méprendre à une certaine émission de TF1 diffusée quelques mois plus tôt, la "Soirée de l’étrange", mettant en scène Eve Angeli que j’accompagnais dans un château hanté du nord de la Bretagne.
Souvenez-vous : elle était invitée à passer une nuit dans un lieu hanté, afin d’être initiée à la chasse aux fantômes en enquêtant sur l’origine d’une hantise. Rappelez-vous de cette image qui est restée gravée dans nos mémoires, où, affublée d’un casque avec une caméra vidéo infrarouge et plongée dans les ténèbres, on assistait à la panique d’une blonde.
J’entends, de nouveau, les mauvaises langues me souffler que l’on voit dans l’émission de R.I.P. la reproduction exacte de cette scène avec Sofia Essaïdi. Prise de panique, cette dernière, harnachée de la même façon, nous balance la même réplique : « aaaah… j’ai peur, j’en peux plus ! », avant de nous révéler, tout comme Eve Angeli, « je sais pas… j’ai entendu un bruit ».
D’autres petits malins aguerris me feront remarquer qu’on peut aussi faire quelques analogies avec des émissions d’outre-atlantique bien connues des amateurs de fantômes, TAPS. J’entends encore certains plaisantins me chuchoter que ces similitudes sont tout à fait normales et explicables. Encore faut-il être dans le secret de la langue de Shakespeare ! En effet, en anglais, "rip-off" ou "ripoff" se traduit simplement par "plagiat" ou "fraude". Donc, je tiens ici à m’adresser solennellement aux mauvaises langues : arrêtez de propager des rumeurs et de jeter ainsi de l’huile sur le feu car, on vous le répète, c’est un concept « entièrement original », sorti tout droit de l’imagination fertile de R.I.P. Enfin, pour l’anecdote, les initiales R.I.P., gravées sur les tombes dans les pays anglo-saxons, se traduisent par "Rest In Peace", du latin "Requiescat in Pace" (Repose en Paix). Le monde des morts n’a qu’à bien se tenir…
Vexé ? Moi ? Il m’en faudrait plus. J’aurais pu feindre l’indifférence et les laisser dire. Mais quand je lis, par le concours d’un internaute de Maison-Hantee.com, le témoignage de l’un des fondateur de R.I.P. sur un forum consacré au paranormal, « la rigueur, l'analyse sont nos maîtres mots... Pas d'esbroufe ni de show gratuit comme une certaine émission du mois de mai » (4), je ne peux m’empêcher de bondir. Vous aurez compris : il faisait référence à Eve Angeli dans la "Soirée de l’Etrange".
En effet, leur concept est à mille lieues de cette fameuse « émission du mois de mai » et je demande à voir : « pas d’esbroufe ni de show gratuit » dans leur programme.
Veauce, le château de tous les fantasmes
Encore lui ! Hanté par le fantôme de Lucie, le château de Veauce est le terrain de chasse de nos "experts". Il serait le château le plus hanté de France ! Mauvaise "pioche" pour une première émission. En effet, comme vous le diront toutes les personnes sérieuses qui s’intéressent aux phénomènes paranormaux, la hantise de Veauce est plus que controversée. Nous y avions d’ailleurs consacré un article sur notre site, sans toutefois tirer de conclusion hâtive (5). Tous ceux qui se sont penchés sur la question vous affirmeront que le fantôme de Lucie serait une invention créée de toutes pièces, dans les années 80, par le Baron Ephraïm Tagori de la Tour. Il fut d’ailleurs le seul témoin du spectre. Avant lui, nulle trace du fantôme. Après lui non plus d’ailleurs ! Notons que les différents spécialistes qui ont enquêté au château de Veauce n’ont détecté aucun indice probant d’une quelconque activité paranormale. Enfin, tous les chasseurs de fantômes savent qu’il est préférable de réunir plus d’un témoignage avant de commencer une traque aux spectres sur un lieu hanté. Et, si possible, de la part de témoins directs.
Néanmoins, nos "ghostbusters" cathodiques sont prêts à en découdre avec la pauvre Lucie. Et si Lucie ne se montre pas, ce n’est pas bien grave. Il restera bien un ou deux spectres à débusquer.
Armés jusqu’aux dents
Quelles sont leurs armes pour parvenir à démasquer le fantôme du château ? Tout ce que le high-tech fait de mieux en appareils de mesure. Car je rappelle que leur démarche se réclame avant tout d’ordre scientifique. Ils sont là pour apporter des « éléments d’informations », des preuves, mais rien de rationnel. « On n'est pas là pour apporter du rationnel, mais pour rapporter des éléments d'information » a déclaré le fondateur des R.I.P. (6) ! Je résume : des preuves scientifiques irrationnelles donc… Comprenne qui pourra !
Arrêt sur image et inventaire de leur panoplie : une profusion de matériel dernier cri dont ils peinent à se servir, un véhicule 4x4 et de beaux tee-shirts imprimés de leur logo, une débauche d’effets spéciaux dans le traitement de l’image, une musique de film à la John Williams et, enfin, l’indispensable « people », la ravissante Sofia Essaïdi.
Nous avons quand même la désagréable impression d’assister à la préparation d’une équipe de "hardcore gamers" (joueurs inconditionnels de jeux vidéo) qui vont nous interpréter le dernier opus d’« Alone in the Dark ». On notera, sur l’avant-bras du boss, un tatouage en kanji japonais dont la traduction est « Miyamoto Shigeru ». Pour les néophytes, Miyamoto Shigeru est le créateur de « Donkey Kong », « The Legend of Zelda » et « Mario Bros » ! Je n’ai rien contre les fans de jeux vidéo, ni de jeux de rôle d’ailleurs, mais attention dans ce cas à faire la part des choses entre la fiction et la réalité.
Le générique donne le ton. Tel Mel Gibson dans « L’Arme Fatale », nos super-héros brandissent leurs thermomètres infrarouges et leurs lampes-torches au détour de chaque recoin de l’obscure bâtisse. Après un teaser bourré d’infographie, l’intrigue commence enfin. On assiste au briefing de l’équipe au cœur de leur QG. Le chasseur en chef explique à son staff, le plus sérieusement du monde, que lors de leur première visite à Veauce (qu’ils auraient pu inclure dans leur montage, par intégrité !), certains membres ont été témoins de bruits de pas et d’E.V.P. (Electronic Voice Phenomena). Et qu’un visage aurait été pris par une caméra. Ça commence fort pour un endroit où le fantôme ne s’est jamais montré…
Arrivée des "experts" au château. Déchargement du matériel, installation du QG, présentation du people, repérages, visite du lieu et rencontre avec l’excentrique propriétaire, Elizabeth Mincer. Cette dernière avoue qu’elle n’a jamais vu le fantôme mais qu’il y a néanmoins "beaucoup d’esprits ici". Quelle aubaine !
Etape suivante : installation et inventaire du matériel pour donner un peu plus de matière et de poids au propos : 7 caméras infrarouges, 500 mètres de câble, 15 micros, 6 ordinateurs… ça en « jette » ! Mais en attendant, il ne se passe toujours rien. Ce n’est pas grave, on gagne du temps en comblant le fond avec la forme. Un tiers du programme s’est déjà écoulé…
Même pas peur !
Re-briefing et distribution du matériel au QG, à la lueur des lampes-torches et à la caméra en mode "nighshot". Etrange démarche en vérité : il semble que personne n’ait pensé à leur dire qu’il suffit de pousser l’interrupteur pour éclairer la pièce ! Chacun sait que, dans le noir, c’est plus impressionnant. Mais totalement inutile. Car tous les chasseurs de fantômes expérimentés vous le diront : s’il y a bien un endroit qui doit être pratique d’utilisation et parfaitement éclairé, c’est le quartier général pour ne pas commettre d’erreur durant la préparation et la distribution du matériel. Matériel composé, entre autres, de « boîtiers électromagnétiques » (sic) et de « thermomètres thermiques » ?!
La fine équipe est enfin prête à explorer le château, équipée comme les "bandits solitaires" de la série TV X-Files. Les habitants de l’Autre Monde tremblent déjà. Durant ce périple, on aura droit à un courant d’air capturé ( !) et à la petite séquence « J’te fais peur » ! En effet, l’un des responsables met en garde Sofia Essaïdi contre les chauves-souris qui pourraient s’accrocher à ses cheveux car, précise-t-il, lui-même a vécu une telle mésaventure. Ceux qui connaissent les chauves-souris auront bien ri de cette blague faite à une Sofia impressionnable à souhait. Naturellement, les chauves-souris ne s’accrochent pas comme ça aux cheveux des gens. Quand un obstacle se met en travers de leur route, elles envoient des ultrasons qui lui reviennent sous forme d’échos. Ses informations lui permettent de connaître la nature de l’obstacle et de l’éviter, sauf si vous la croisez dans un mouchoir de poche. Donc rien à craindre de ce côté-là. Mais ça fait toujours son petit effet. Surtout quand on apprend, par une Sofia terrorisée, que si cela arrive, le seul moyen de s’en dégager est de lui briser la nuque ! Pauvre bête. Mais qu’on se rassure, R.I.P. ne fait pas dans « l’esbroufe ni dans le show gratuit »....
Des baleines à Veauce ? Non, des baleines à bosse !
Globalement, ils s’appliquent plutôt bien à jouer leur rôle sérieusement, même s’il faut reconnaître que quelques cours de comédie leur seraient fortement utiles. Preuve en est quand les deux chefs d’équipes se prononcent suite à un gémissement entendu. « C’est la première fois en cinq ans d’enquêtes qu’un tel son se fait entendre » fait l’un, alors que l’autre surenchérit en affirmant que ce gémissement lui a glacé le sang ! On n’y croit pas un seul instant. Eux non plus d’ailleurs… Pour accentuer le côté "docu" du programme, on nous repasse le son en boucle en deux versions : la version "bande sonore d’origine" et la version "bande sonore nettoyée", sans se soucier si le téléspectateur moyen comprend ce qu’est un "son nettoyé". Peu importe, on n’est pas là pour ça !
Pour conclure, l’un des fondateurs de R.I.P. nous assène la phrase du pro qui fait mouche : « Après analyse, on s’est rendu compte que la voix enregistrée (…) était sur une fréquence de 240 Hertz (Hz), et cette fréquence, nous dit-il avec assurance, ne rentre pas dans les fréquences de voix humaines ». Je ne peux m’empêcher de sourire car, naturellement, cette affirmation est fausse. Tout scientifique qui se respecte vous affirmera que l'étendue de l’échelle sonore de la voix humaine couvre en moyenne les fréquences (conversationnelles) de 750 Hz (dans les aigus) à 110 Hz (pour les graves) (7). Néanmoins d’autres sources font état d’une fourchette allant de 1500 Hz à 45 Hz (cela concerne essentiellement les voix chantées qui couvrent 5 octaves). Il est fort sympathique d’avoir une démarche scientifique, mais encore faut-il posséder quelques notions. De fait, ce son pourrait provenir de n’importe quoi ou de n’importe qui, et pourquoi pas du mystérieux locataire surprise comme nous le verrons plus tard dans l’émission…
Voici une autre hypothèse, a priori farfelue, mais qui mérite qu’on s’y arrête quelques instants.
J’ai soumis ce son à un ami qui à l’oreille absolue, en plus de posséder une maîtrise en musicologie et une formation en électro-acoustique. Cet ami a bondi à l’écoute de ce son "fantomatique" qui lui a semblé très familier. Je me dois d’ajouter que ce musicien talentueux est aussi impliqué dans une organisation mondiale qui milite pour la protection des baleines. Il intègre d’ailleurs le chant de ces mammifères dans ses travaux. Et il a mis le doigt sur une étrange coïncidence. En effet, le son des R.I.P, d’une fréquence de 240 Hz, ressemble étrangement au chant de la baleine à bosse (8). Il a fait un sonagramme d'un chant de baleine correspondant (ou similaire à l'écoute) au son des R.I.P et celui-ci a révélé le résultat d’une fréquence comprise entre 200 et 250 Hz ! Etonnant, non ?
Plus étrange encore. Malgré les différents "filtres" contenus dans la bande sonore, il a réussi, grâce à son studio d’enregistrement, à isoler, en partie, le son "surnaturel" de l’émission. Le sonagramme révèle deux choses troublantes : il révèle tout d’abord des infrasons (inaudibles pour l’oreille humaine) qui correspondent à la fréquence des infrasons émis par les baleines ! De plus, ce son est accompagné d’un souffle émettant un bruit d’eau. Ce qui n’est pas étonnant quand on sait qu’il est difficile d’isoler le chant d’une baleine à celui du remous de l’océan. On peut fortement le réduire mais pas l’éliminer totalement. Ceci est d’autant plus étrange que nous trouvons sur le site de R.I.P. deux articles consacrés aux cétacés, ainsi qu’un lien pointant vers un site de protection des mammifères marins, suggérant un intérêt pour ces créatures marines ! De là à imaginer des raccourcis, il n’y a qu’un pas que, par décence, je ne me permettrais pas de franchir… En y réfléchissant, peut-être que mon hypothèse est totalement absurde. En effet, chacun sait qu’il n’y a pas de baleine à Veauce ! Le littoral se situant beaucoup trop loin ! A moins que… Mais il en est ainsi de la rigueur et du fameux protocole scientifique de R.I.P.
Fin de la première nuit. Les hypothétiques fantômes peuvent dormir sur leurs deux oreilles, ils ne risquent rien !
L’invité mystère
Tôt le matin, la caméra s’immisce dans les chambres, façon "StarAc", et on assiste au réveil de toute l’équipe. Puis, c’est la remise du fameux tee-shirt estampillé du logo R.I.P. Ce rituel signifie à Sofia, Ô ultime honneur !, qu’elle fait désormais partie du club et est devenue chasseuse de fantômes en l’espace d’une nuit !
Rencontre avec Madame le Maire qui ne croit pas un seul instant au fantôme de Lucie. Originaire de Veauce, elle explique que les anciens propriétaires, excepté M. Tagori, n’ont jamais vu ou entendu parler de spectre au château. Puis, c’est le témoignage de la patronne du bar du coin qui, à propos de la hantise, s’interroge et se dit « pourquoi pas » ! On comprendra évidemment l’intérêt d’une commerçante face à ce nouvel attrait touristique pour le village !
Retour au château de tous les dangers. Nous voici arrivés à la séquence « rencontre du troisième type ». Sofia apprend qu’un vieil homme mystérieux vivrait reclus dans l’une des chambres du château. Elle part donc à sa recherche, frappant à chaque porte. C’est fort sympathique de la part des R.I.P. d’avoir prévu un petit jeu de piste pour la journée. C’est vrai que le temps doit être bien long à Veauce pour une célébrité. C’est la partie "soap" de ce "docu-soap", façon Fort Boyard. Elle trouve enfin la bonne porte, engage la conversation avec le "Père Fourasse" sans oser rentrer dans la pièce, mais ne reçoit pour seule réponse que quelques gémissements. Serait-ce les mêmes gémissements entendus la nuit précédente ? On pourrait le penser bien que je persiste dans ma « théorie de la baleine à bosse ». On n’en saura pas plus, car l’un des R.I.P. arrive brusquement pour mettre en garde Sofia contre cet homme qui décidément reste bien mystérieux. Il faut laisser l’étrange locataire tranquille, affirme-t-il. De toute façon, il ne parle pas. Le téléspectateur peut légitimement se demander quel est l’intérêt d’une telle séquence. Heureusement, comme les R.I.P. se plaisent à le clamer haut et fort, ils ne font pas dans « l’esbroufe, ni dans le show gratuit ». Fin de discussion.
De Scooby-Doo à Indiana Jones
Après cette séquence, hautement dramatique, digne des meilleurs épisodes de la mythique série animée « Scooby-Doo », nous rejoignons les responsables des R.I.P. dans les caves du château. Décidément, les responsables sont partout. Les caves sont inondées. Nous avons droit à une séquence que Nicolas Hulot n’aurait pas reniée. En effet, l’un d’eux fait, malgré lui, un plongeon dans les eaux glacées et répugnantes du château. Il conclut que l’endroit est décidément dangereux et qu’il ne faut surtout pas y amener quelqu’un. A l’instar d’Indiana Jones, les R.I.P. sont prêts à prendre tous les risques au péril de leur vie.
La deuxième nuit commence. Les ténèbres ont pris possession de la forteresse. Re-re-installation du matériel et re-re-briefing. Une bonne nouvelle : on s’aperçoit que l’équipe a enfin trouvé l’interrupteur permettant d’éclairer le QG ! L’équipe constitue des binômes et, à l’instar du célèbre chien détective et de ses acolytes, part explorer une nouvelle fois les lieux.
Nous suivons un binôme qui pénètre dans la forêt car, nous affirme-t-on, on aurait vu des ombres là-bas. Entièrement tourné à la caméra subjective, la séquence « Blairwitch » nous promet quelques frissons. La jeune fille du binôme commence à « voir des ombres partout et elle a trop peur » confie-t-elle. On le comprend, elle ne se sent pas très rassurée. Soudain, c’est l’affolement ! Le deuxième enquêteur panique et ne comprend pas ce qui lui arrive. Il sent une « présence invisible » l’agresser. Les mouvements aléatoires de la caméra et la musique particulièrement dramatique accentuent l’effet recherché. Digne des plus talentueux comédiens de l’Actor’s Studio, notre "expert" affolé affirme à qui veut l’entendre qu’il ne joue pas la comédie et que « ça va pas du tout là ! » et que « c’était horrible ». Ce qui est horrible, c’est surtout le jeu d’acteur ! Avec un minimum de talent, la séquence aurait gagné en crédibilité. La vérité, nous l’apprendrons, est plutôt simple. Notre professionnel du paranormal a chuté lamentablement dans un trou. Quelques ronces auront accroché le pauvre homme et joué le mauvais rôle de "l’entité". Malgré ça, notre spécialiste, encore tout tremblant, n’arrive toujours pas à s’expliquer ce qui s’est passé. Le boss, sûr de lui, lance un « de toute façon, on verra ça à l’analyse » ! Je me permets de lancer la question : l’analyse de quoi ? Du trou ? Des ronces ?
Alors, règle élémentaire pour tous les chasseurs de fantômes en herbe : faire un repérage des lieux, de jour, pour justement éviter ces mauvaises surprises. De plus, on peut s’interroger sur l’expérience de ces chasseurs de fantômes qui paniquent pour un rien. C’est compréhensible pour un néophyte, mais ça l’est moins pour ceux qui se sont aguerris aux techniques d’investigations dans les lieux hantés, à commencer par le sang-froid.
Un autre binôme décide d’y voir plus clair en retournant dans la forêt. L’angoissante attente commence. Le suspense est insoutenable. Stupéfaction ! Ils entendent des bruits ! C’est vrai que la présence de bruits dans une forêt, la nuit, est anormale… Soudain, alors que nos deux compères sont en communication par talkie-walkie avec le responsable, ils entendent un cri plutôt aigu. Difficile à dire en tant que téléspectateur mais ce bruit, notons-le, ressemble plus à une interférence qu’à autre chose. Il semblerait que notre ami Larsen se soit invité à la fête…
La porte ouverte à toutes les hypothèses
L’émission touche pratiquement à sa fin tandis que je reste sur ma faim. Tous les binômes ont fini leur ballade nocturne et sont revenus au QG. Pour l’instant, il ne s’est toujours pas passé grand chose. Néanmoins, les événements vont subitement s’enchaîner, comme à la fin d’un film de genre. Le coup de théâtre arrive à grands pas. En effet, chargé de surveiller l’écran de contrôle, l’un des enquêteurs se livre à la caméra : « J’étais en train de ranger… et je jette un coup d’œil sur le DVR [NDA : écran de contrôle], et je me rends compte que quelque chose a changé mais je n’arrive pas à savoir quoi… ». Précisons tout de même que le cadre à surveiller se limite à un mur et à une porte ouverte. Et j’insiste, ouverte ! Plutôt facile à surveiller, me direz-vous. Que nenni ! Du moins pas pour notre investigateur. Le responsable, lui, doit savoir puisqu’il est le responsable. On rembobine. Effectivement, l’œil du pro remarque immédiatement l’anomalie : la porte est maintenant fermée ! Damned ! C’est le choc parmi l’équipe habituée aux phénomènes paranormaux. La troupe se précipite sur place pour constater les faits, deux heures et demie après l’incident, et tente de reproduire le "phénomène" en question. Chacun y va de sa théorie et la met en pratique. Finalement, toute l’équipe déclame à l’unisson qu’il aurait été impossible pour qui que ce soit de s’approcher de la porte sans être pris par la caméra. Consciemment ou inconsciemment, c’est ce que l’on appelle en illusionnisme un beau détournement d’attention. Car pour être franc, il existe, dans ces conditions, différentes méthodes pour reproduire ce "phénomène", sans être filmé par une caméra. Méthode, vous le comprendrez, qu’il m’est impossible de révéler ici, par déontologie pour la profession des magiciens. Néanmoins, je peux vous guider sur des pistes qui vous donneront matière à réflexion. J’en profiterai aussi pour rappeler quelques règles de bases lors de la pratique d’une chasse aux fantômes. Nous prendrons comme exemple cette mystérieuse porte.
Vous vous demandez certainement comment cette "étrange" porte a pu se fermer. La vraie question ne réside non pas dans le comment mais bien dans le pourquoi. Plutôt que de vous triturer les méninges en focalisant votre intellect sur le "phénomène", projetez-vous en arrière et posez-vous les bonnes questions :
1. Dans l’hypothèse où cette porte n’a aucun lien avec la hantise, pourquoi filmer la porte de cette façon ? Il y a là une absurdité.
2. Dans l’hypothèse où la porte possède un lien avec la hantise, pourquoi vouloir la filmer en position ouverte et de dos ? Car, d’après la propriétaire, c’est le phénomène inverse qui se produit régulièrement : au petit matin, une porte se retrouve mystérieusement ouverte alors qu’elle était fermée à clé la veille.
3. Si cette porte a une importance, pourquoi ne pas la sceller et la filmer selon le protocole basique que tous les chasseurs de fantômes connaissent ?
4. Si cette porte a une importance, pourquoi la surveillance de cette dernière n’est assurée que par une seule caméra ? Pourquoi, par exemple, n’y a-t-il pas une seconde caméra de l’autre côté de la porte ?
5. Pourquoi avoir précisément choisi cet angle de prise de vue ? Car, à l’inverse, en orientant la caméra vers la porte ET son encadrement, donc en filmant aussi le couloir, il aurait été plus facile de démontrer ce qui a pu réellement se passer.
6. Pourquoi n’y a-t-il pas de détecteur de mouvement autour de cette porte qui aurait permis aux R.I.P. d’être avertis en temps réel ? Car, comme le dit si bien le responsable, le "phénomène" s’est déroulé deux heures trente avant que l’équipe ne s’aperçoive de quelque chose. Donc bien trop tard pour mettre toutes les chances de son côté et résoudre cette énigme.
7. Pourquoi, au moment du "phénomène", n’y a-t-il pas d’observateurs présents devant les écrans de contrôle ? Compte tenu des conditions citées ci-dessus, cette absence d’observateurs au moment crucial rend caduque toute tentative sérieuse de démontrer la véracité du phénomène en question.
8. Pourquoi, en fin de course, la porte opère un très léger recul qui laisse suggérer une traction non contrôlée de la fameuse porte ?
9. Cerise sur le gâteau : pourquoi, malgré leurs "compétences" et leur "rigueur" dans l’analyse, n’ont-ils pas vu, ou plutôt ont-il sciemment passé sous silence une ombre très suspecte ?
10. Enfin, pourquoi cette ombre très fugace mais néanmoins bien présente, juste sous le gond inférieur de la porte, apparaît-elle quand cette dernière se ferme "mystérieusement" ?
Vous le voyez ici, les pourquoi sont nombreux et vous donneront quelques indices pour vous mettre, lentement mais sûrement, sur la voie du comment. Élémentaire, mon cher Watson !
Filmer la porte comme elle a été filmée laisse la porte ouverte, si j’ose dire, à toutes les hypothèses, y compris à celle d’une intervention humaine. Attention, je n’accuse personne. Je dis simplement que, dans ces conditions, il est possible de reproduire ce phénomène sans être vu de la caméra. D’où l’importance pour un chasseur de fantômes de s’initier aux rudiments de l’illusionnisme, autant technique que psychologique. Et s’ils sont vraiment sincères, une autre hypothèse me vient à l’esprit : leurs méthodes d’investigations et la façon dont ils ont mis cette porte sous surveillance laisse penser qu’ils ignorent, tout simplement, les techniques de base des chasseurs de fantômes. Car, rappelons-le, hormis la poudre aux yeux que cela peut générer dans ce cas bien précis, le matériel high-tech, aux enjeux limités, ne reste qu’un outil parmi d’autres dont il faut faire usage avec précaution.
Enfin, je trouve étonnant que nous ayons le coup de la porte-qui-se-ferme-toute-seule justement en fin de programme. Scénario oblige ! En vérité, nous ne saurons jamais ce qui s’est réellement passé. Car nous autres, pauvres téléspectateurs que nous sommes, n’étions pas là. Finalement, avec la rigueur et le sérieux qu’ils se prêtent, il nous reste à faire entièrement confiance aux R.I.P. sur ce coup-là ! Entièrement confiance. J’ai du mal à l’écrire. Surtout quand l’un d’eux nous dit avec un doute mal dissimulé : « Nous étions en présence… d’un vrai phénomène paranormal ! »
Nous voici arrivés à la conclusion de ce "docu-soap" à ne plus faire croire aux fantômes. Ont-ils prévu une fin à la « Scooby-Doo » ? En clair, allons-nous démasquer un hypothétique complice qui aurait joué le rôle du vieillard reclus dans sa chambre et gémissant telle une créature issue du monde de Cthulhu ? Non absolument pas ! La plaisanterie va jusqu’à son terme, avec la conclusion hâtive et sans appel de l’expert en chef : « Une porte qui se ferme toute seule, ce son enregistré… confirment qu’une activité paranormale est présente dans le château de Veauce ! ». Rires. Applaudissements. Rideau.
L’émission au concept « inédit et original, jamais vu en France » s’achève sur l’image d’un classeur qui se referme. Affaire classée ? A l’intérieur, d’autres titres nous interpellent : « Le Triangle des Bermudes », « NDE », « La terre creuse », « Lincoln », etc, suggérant des suites. Est-ce bien raisonnable ?
Un "docu-soap" sur la pente savonneuse…
Vous l’aurez compris, chers amis lecteurs, amateurs de vraies chasses aux fantômes, cette émission, basée sur une surabondance d’artifices, n’a rien de bien sérieux et n’a pas convaincu. En tous cas, pas moi. Les fictions, à défaut de vouloir être crédibles, sont divertissantes et amusantes. Le programme R.I.P. n’a pas, selon moi, ces deux qualités….
On ne peut cependant pas leur en vouloir. Sauf que, quand ils disent avoir une démarche scientifique, qu’ils affirment filmer la réalité et ne pas faire « d'esbroufe, ni de show gratuit », ils ne sont pas tout à fait honnêtes. Il aurait été plus élégant de leur part de clairement annoncer la couleur de cette fiction, vendue, dans un flou trompeur, comme un documentaire. Toute la force de cette émission réside dans une réalisation énergique, voire nerveuse (trop peut-être car épuisante et lassante à la longue), le travail de l’image (rien à dire de ce côté-là !) et une musique aux accents hollywoodiens qui habillent ce produit marketing, sans quoi nous aurions une coquille vide qui ne tiendrait pas ses promesses.
Pour leur défense, certains esprits chagrins pourraient me rétorquer que les R.I.P. ont été les pauvres jouets du monde impitoyable de la télévision et que W9 leur a imposé, après signature du contrat, des contraintes au risque de dénaturer leur concept. Faux. Une fois l’accord passé entre les deux parties, nul ne peut changer à sa guise la mouture de l’émission. Les R.I.P. n’ont donc aucune circonstance atténuante et doivent assumer l’entière responsabilité de cette mésaventure télévisuelle.
D’autre part, selon leurs propres allégations, ils ont coproduit un concept dont ils sont les seuls instigateurs. Je n’irais pas trop vite en besogne, si j’étais eux, car on se souvient trop de la polémique qu’avait nourrie Laurence Boccolini il y a quelques mois quand les médias annonçaient ce projet. D’autres avant eux, et je ne surprendrais pas ceux qui me connaissent bien en disant que moi y compris, avaient déjà envisagé des concepts télévisuels inspirés des chasses aux fantômes, sans trouver la forme idéale échappant aux avidités d’une télévision à grand spectacle. De fait, W9 a fait son choix. Etait-ce le bon ? L’avenir le dira.
Malgré les déceptions, dont celle que les R.I.P. m’ont fait subir, je crois toujours fermement qu’il est possible de traiter à la télévision du sujet des lieux hantés. D’une façon plus intelligente évidemment. Les documentaires « Traqueurs de Fantômes » (9), « The Twilight Hour » ou encore le concept anglo-saxon « Most Haunted » nous l’ont démontré. Malheureusement pour les R.I.P., après une audience confidentielle si l’on en croit les chiffres, on est en droit de se poser deux questions : les diffuseurs auront-ils le courage de programmer une autre émission traitant du même thème, sous un angle différent ? Je le souhaite sincèrement. Enfin, après cet essai, non transformé d’après moi, la chaîne W9 osera-t-elle persister dans cette voie sans issue ? J’ose espérer que non, ne serait-ce que par respect pour le monde de l’invisible…
E.F.
*Spécialiste de l’histoire des fantômes et des phénomènes paranormaux, Erick Fearson travaille sur le terrain depuis vingt-cinq ans, en France et dans divers pays d’Europe. Il a publié en octobre 2008 un « Manuel du Chasseur de Fantômes » aux éditions JC Lattès.
Par Erick Fearson*
R.I.P. Qui se cache derrière cette abréviation aux multiples sens ? L’introduction de l’émission nous laisse supposer que ce groupe, composé de jeunes gens, est une équipe de professionnels. Mais professionnels en quoi ? Contrairement à ce que nous dit le générique et ce qu’affirme certains médias régionaux (1), on peut émettre une certitude : juridiquement parlant, ils ne sont pas professionnels dans la recherche parascientifique et encore moins dans les techniques d’investigations de lieux hantés. Cette certitude est d’autant plus flagrante, après avoir visionné leur "enquête". Ils exercent avant tout leurs activités via une société de production audiovisuelle (2). Le but avoué est clair. Ce n’est pas le paranormal qui les intéresse mais bien la production audiovisuelle. Peu importe le flacon pourvu qu’on ait l’ivresse… Notons aussi que cette équipe est composée d’étudiants qui jouent le rôle de chasseurs de fantômes (3).
Malgré leur jeune âge, ils s’autoproclament "experts" (sic) dans le domaine et recherchent des preuves scientifiques en suivant un protocole bien établi. Ce qui, somme toute, part d’un bon sentiment et est compréhensible pour convaincre une société cartésienne comme la nôtre. Mais le résultat n’est pas à la hauteur des promesses.
Laissez les mauvaises langues "reposer en paix" !
Le concept entièrement original et "100% français", nous dit-on, est tout droit sorti de l’imagination fertile de l’équipe R.I.P. On nous promet du "jamais vu à la télé française" ! Jugez plutôt : R.I.P. invite une célébrité, en l’occurrence Sofia Essaïdi, la Cléopâtre du nouveau spectacle musical de Kamel Ouali, à passer deux nuits dans un endroit hanté, afin de lui apprendre les rudiments du métier de chasseur de fantômes et ainsi découvrir la vérité sur le spectre qui hante le lieu. Les mauvaises langues pourraient dire que cela ressemble à s’y méprendre à une certaine émission de TF1 diffusée quelques mois plus tôt, la "Soirée de l’étrange", mettant en scène Eve Angeli que j’accompagnais dans un château hanté du nord de la Bretagne.
Souvenez-vous : elle était invitée à passer une nuit dans un lieu hanté, afin d’être initiée à la chasse aux fantômes en enquêtant sur l’origine d’une hantise. Rappelez-vous de cette image qui est restée gravée dans nos mémoires, où, affublée d’un casque avec une caméra vidéo infrarouge et plongée dans les ténèbres, on assistait à la panique d’une blonde.
J’entends, de nouveau, les mauvaises langues me souffler que l’on voit dans l’émission de R.I.P. la reproduction exacte de cette scène avec Sofia Essaïdi. Prise de panique, cette dernière, harnachée de la même façon, nous balance la même réplique : « aaaah… j’ai peur, j’en peux plus ! », avant de nous révéler, tout comme Eve Angeli, « je sais pas… j’ai entendu un bruit ».
D’autres petits malins aguerris me feront remarquer qu’on peut aussi faire quelques analogies avec des émissions d’outre-atlantique bien connues des amateurs de fantômes, TAPS. J’entends encore certains plaisantins me chuchoter que ces similitudes sont tout à fait normales et explicables. Encore faut-il être dans le secret de la langue de Shakespeare ! En effet, en anglais, "rip-off" ou "ripoff" se traduit simplement par "plagiat" ou "fraude". Donc, je tiens ici à m’adresser solennellement aux mauvaises langues : arrêtez de propager des rumeurs et de jeter ainsi de l’huile sur le feu car, on vous le répète, c’est un concept « entièrement original », sorti tout droit de l’imagination fertile de R.I.P. Enfin, pour l’anecdote, les initiales R.I.P., gravées sur les tombes dans les pays anglo-saxons, se traduisent par "Rest In Peace", du latin "Requiescat in Pace" (Repose en Paix). Le monde des morts n’a qu’à bien se tenir…
Vexé ? Moi ? Il m’en faudrait plus. J’aurais pu feindre l’indifférence et les laisser dire. Mais quand je lis, par le concours d’un internaute de Maison-Hantee.com, le témoignage de l’un des fondateur de R.I.P. sur un forum consacré au paranormal, « la rigueur, l'analyse sont nos maîtres mots... Pas d'esbroufe ni de show gratuit comme une certaine émission du mois de mai » (4), je ne peux m’empêcher de bondir. Vous aurez compris : il faisait référence à Eve Angeli dans la "Soirée de l’Etrange".
En effet, leur concept est à mille lieues de cette fameuse « émission du mois de mai » et je demande à voir : « pas d’esbroufe ni de show gratuit » dans leur programme.
Veauce, le château de tous les fantasmes
Encore lui ! Hanté par le fantôme de Lucie, le château de Veauce est le terrain de chasse de nos "experts". Il serait le château le plus hanté de France ! Mauvaise "pioche" pour une première émission. En effet, comme vous le diront toutes les personnes sérieuses qui s’intéressent aux phénomènes paranormaux, la hantise de Veauce est plus que controversée. Nous y avions d’ailleurs consacré un article sur notre site, sans toutefois tirer de conclusion hâtive (5). Tous ceux qui se sont penchés sur la question vous affirmeront que le fantôme de Lucie serait une invention créée de toutes pièces, dans les années 80, par le Baron Ephraïm Tagori de la Tour. Il fut d’ailleurs le seul témoin du spectre. Avant lui, nulle trace du fantôme. Après lui non plus d’ailleurs ! Notons que les différents spécialistes qui ont enquêté au château de Veauce n’ont détecté aucun indice probant d’une quelconque activité paranormale. Enfin, tous les chasseurs de fantômes savent qu’il est préférable de réunir plus d’un témoignage avant de commencer une traque aux spectres sur un lieu hanté. Et, si possible, de la part de témoins directs.
Néanmoins, nos "ghostbusters" cathodiques sont prêts à en découdre avec la pauvre Lucie. Et si Lucie ne se montre pas, ce n’est pas bien grave. Il restera bien un ou deux spectres à débusquer.
Armés jusqu’aux dents
Quelles sont leurs armes pour parvenir à démasquer le fantôme du château ? Tout ce que le high-tech fait de mieux en appareils de mesure. Car je rappelle que leur démarche se réclame avant tout d’ordre scientifique. Ils sont là pour apporter des « éléments d’informations », des preuves, mais rien de rationnel. « On n'est pas là pour apporter du rationnel, mais pour rapporter des éléments d'information » a déclaré le fondateur des R.I.P. (6) ! Je résume : des preuves scientifiques irrationnelles donc… Comprenne qui pourra !
Arrêt sur image et inventaire de leur panoplie : une profusion de matériel dernier cri dont ils peinent à se servir, un véhicule 4x4 et de beaux tee-shirts imprimés de leur logo, une débauche d’effets spéciaux dans le traitement de l’image, une musique de film à la John Williams et, enfin, l’indispensable « people », la ravissante Sofia Essaïdi.
Nous avons quand même la désagréable impression d’assister à la préparation d’une équipe de "hardcore gamers" (joueurs inconditionnels de jeux vidéo) qui vont nous interpréter le dernier opus d’« Alone in the Dark ». On notera, sur l’avant-bras du boss, un tatouage en kanji japonais dont la traduction est « Miyamoto Shigeru ». Pour les néophytes, Miyamoto Shigeru est le créateur de « Donkey Kong », « The Legend of Zelda » et « Mario Bros » ! Je n’ai rien contre les fans de jeux vidéo, ni de jeux de rôle d’ailleurs, mais attention dans ce cas à faire la part des choses entre la fiction et la réalité.
Le générique donne le ton. Tel Mel Gibson dans « L’Arme Fatale », nos super-héros brandissent leurs thermomètres infrarouges et leurs lampes-torches au détour de chaque recoin de l’obscure bâtisse. Après un teaser bourré d’infographie, l’intrigue commence enfin. On assiste au briefing de l’équipe au cœur de leur QG. Le chasseur en chef explique à son staff, le plus sérieusement du monde, que lors de leur première visite à Veauce (qu’ils auraient pu inclure dans leur montage, par intégrité !), certains membres ont été témoins de bruits de pas et d’E.V.P. (Electronic Voice Phenomena). Et qu’un visage aurait été pris par une caméra. Ça commence fort pour un endroit où le fantôme ne s’est jamais montré…
Arrivée des "experts" au château. Déchargement du matériel, installation du QG, présentation du people, repérages, visite du lieu et rencontre avec l’excentrique propriétaire, Elizabeth Mincer. Cette dernière avoue qu’elle n’a jamais vu le fantôme mais qu’il y a néanmoins "beaucoup d’esprits ici". Quelle aubaine !
Etape suivante : installation et inventaire du matériel pour donner un peu plus de matière et de poids au propos : 7 caméras infrarouges, 500 mètres de câble, 15 micros, 6 ordinateurs… ça en « jette » ! Mais en attendant, il ne se passe toujours rien. Ce n’est pas grave, on gagne du temps en comblant le fond avec la forme. Un tiers du programme s’est déjà écoulé…
Même pas peur !
Re-briefing et distribution du matériel au QG, à la lueur des lampes-torches et à la caméra en mode "nighshot". Etrange démarche en vérité : il semble que personne n’ait pensé à leur dire qu’il suffit de pousser l’interrupteur pour éclairer la pièce ! Chacun sait que, dans le noir, c’est plus impressionnant. Mais totalement inutile. Car tous les chasseurs de fantômes expérimentés vous le diront : s’il y a bien un endroit qui doit être pratique d’utilisation et parfaitement éclairé, c’est le quartier général pour ne pas commettre d’erreur durant la préparation et la distribution du matériel. Matériel composé, entre autres, de « boîtiers électromagnétiques » (sic) et de « thermomètres thermiques » ?!
La fine équipe est enfin prête à explorer le château, équipée comme les "bandits solitaires" de la série TV X-Files. Les habitants de l’Autre Monde tremblent déjà. Durant ce périple, on aura droit à un courant d’air capturé ( !) et à la petite séquence « J’te fais peur » ! En effet, l’un des responsables met en garde Sofia Essaïdi contre les chauves-souris qui pourraient s’accrocher à ses cheveux car, précise-t-il, lui-même a vécu une telle mésaventure. Ceux qui connaissent les chauves-souris auront bien ri de cette blague faite à une Sofia impressionnable à souhait. Naturellement, les chauves-souris ne s’accrochent pas comme ça aux cheveux des gens. Quand un obstacle se met en travers de leur route, elles envoient des ultrasons qui lui reviennent sous forme d’échos. Ses informations lui permettent de connaître la nature de l’obstacle et de l’éviter, sauf si vous la croisez dans un mouchoir de poche. Donc rien à craindre de ce côté-là. Mais ça fait toujours son petit effet. Surtout quand on apprend, par une Sofia terrorisée, que si cela arrive, le seul moyen de s’en dégager est de lui briser la nuque ! Pauvre bête. Mais qu’on se rassure, R.I.P. ne fait pas dans « l’esbroufe ni dans le show gratuit »....
Des baleines à Veauce ? Non, des baleines à bosse !
Globalement, ils s’appliquent plutôt bien à jouer leur rôle sérieusement, même s’il faut reconnaître que quelques cours de comédie leur seraient fortement utiles. Preuve en est quand les deux chefs d’équipes se prononcent suite à un gémissement entendu. « C’est la première fois en cinq ans d’enquêtes qu’un tel son se fait entendre » fait l’un, alors que l’autre surenchérit en affirmant que ce gémissement lui a glacé le sang ! On n’y croit pas un seul instant. Eux non plus d’ailleurs… Pour accentuer le côté "docu" du programme, on nous repasse le son en boucle en deux versions : la version "bande sonore d’origine" et la version "bande sonore nettoyée", sans se soucier si le téléspectateur moyen comprend ce qu’est un "son nettoyé". Peu importe, on n’est pas là pour ça !
Pour conclure, l’un des fondateurs de R.I.P. nous assène la phrase du pro qui fait mouche : « Après analyse, on s’est rendu compte que la voix enregistrée (…) était sur une fréquence de 240 Hertz (Hz), et cette fréquence, nous dit-il avec assurance, ne rentre pas dans les fréquences de voix humaines ». Je ne peux m’empêcher de sourire car, naturellement, cette affirmation est fausse. Tout scientifique qui se respecte vous affirmera que l'étendue de l’échelle sonore de la voix humaine couvre en moyenne les fréquences (conversationnelles) de 750 Hz (dans les aigus) à 110 Hz (pour les graves) (7). Néanmoins d’autres sources font état d’une fourchette allant de 1500 Hz à 45 Hz (cela concerne essentiellement les voix chantées qui couvrent 5 octaves). Il est fort sympathique d’avoir une démarche scientifique, mais encore faut-il posséder quelques notions. De fait, ce son pourrait provenir de n’importe quoi ou de n’importe qui, et pourquoi pas du mystérieux locataire surprise comme nous le verrons plus tard dans l’émission…
Voici une autre hypothèse, a priori farfelue, mais qui mérite qu’on s’y arrête quelques instants.
J’ai soumis ce son à un ami qui à l’oreille absolue, en plus de posséder une maîtrise en musicologie et une formation en électro-acoustique. Cet ami a bondi à l’écoute de ce son "fantomatique" qui lui a semblé très familier. Je me dois d’ajouter que ce musicien talentueux est aussi impliqué dans une organisation mondiale qui milite pour la protection des baleines. Il intègre d’ailleurs le chant de ces mammifères dans ses travaux. Et il a mis le doigt sur une étrange coïncidence. En effet, le son des R.I.P, d’une fréquence de 240 Hz, ressemble étrangement au chant de la baleine à bosse (8). Il a fait un sonagramme d'un chant de baleine correspondant (ou similaire à l'écoute) au son des R.I.P et celui-ci a révélé le résultat d’une fréquence comprise entre 200 et 250 Hz ! Etonnant, non ?
Plus étrange encore. Malgré les différents "filtres" contenus dans la bande sonore, il a réussi, grâce à son studio d’enregistrement, à isoler, en partie, le son "surnaturel" de l’émission. Le sonagramme révèle deux choses troublantes : il révèle tout d’abord des infrasons (inaudibles pour l’oreille humaine) qui correspondent à la fréquence des infrasons émis par les baleines ! De plus, ce son est accompagné d’un souffle émettant un bruit d’eau. Ce qui n’est pas étonnant quand on sait qu’il est difficile d’isoler le chant d’une baleine à celui du remous de l’océan. On peut fortement le réduire mais pas l’éliminer totalement. Ceci est d’autant plus étrange que nous trouvons sur le site de R.I.P. deux articles consacrés aux cétacés, ainsi qu’un lien pointant vers un site de protection des mammifères marins, suggérant un intérêt pour ces créatures marines ! De là à imaginer des raccourcis, il n’y a qu’un pas que, par décence, je ne me permettrais pas de franchir… En y réfléchissant, peut-être que mon hypothèse est totalement absurde. En effet, chacun sait qu’il n’y a pas de baleine à Veauce ! Le littoral se situant beaucoup trop loin ! A moins que… Mais il en est ainsi de la rigueur et du fameux protocole scientifique de R.I.P.
Fin de la première nuit. Les hypothétiques fantômes peuvent dormir sur leurs deux oreilles, ils ne risquent rien !
L’invité mystère
Tôt le matin, la caméra s’immisce dans les chambres, façon "StarAc", et on assiste au réveil de toute l’équipe. Puis, c’est la remise du fameux tee-shirt estampillé du logo R.I.P. Ce rituel signifie à Sofia, Ô ultime honneur !, qu’elle fait désormais partie du club et est devenue chasseuse de fantômes en l’espace d’une nuit !
Rencontre avec Madame le Maire qui ne croit pas un seul instant au fantôme de Lucie. Originaire de Veauce, elle explique que les anciens propriétaires, excepté M. Tagori, n’ont jamais vu ou entendu parler de spectre au château. Puis, c’est le témoignage de la patronne du bar du coin qui, à propos de la hantise, s’interroge et se dit « pourquoi pas » ! On comprendra évidemment l’intérêt d’une commerçante face à ce nouvel attrait touristique pour le village !
Retour au château de tous les dangers. Nous voici arrivés à la séquence « rencontre du troisième type ». Sofia apprend qu’un vieil homme mystérieux vivrait reclus dans l’une des chambres du château. Elle part donc à sa recherche, frappant à chaque porte. C’est fort sympathique de la part des R.I.P. d’avoir prévu un petit jeu de piste pour la journée. C’est vrai que le temps doit être bien long à Veauce pour une célébrité. C’est la partie "soap" de ce "docu-soap", façon Fort Boyard. Elle trouve enfin la bonne porte, engage la conversation avec le "Père Fourasse" sans oser rentrer dans la pièce, mais ne reçoit pour seule réponse que quelques gémissements. Serait-ce les mêmes gémissements entendus la nuit précédente ? On pourrait le penser bien que je persiste dans ma « théorie de la baleine à bosse ». On n’en saura pas plus, car l’un des R.I.P. arrive brusquement pour mettre en garde Sofia contre cet homme qui décidément reste bien mystérieux. Il faut laisser l’étrange locataire tranquille, affirme-t-il. De toute façon, il ne parle pas. Le téléspectateur peut légitimement se demander quel est l’intérêt d’une telle séquence. Heureusement, comme les R.I.P. se plaisent à le clamer haut et fort, ils ne font pas dans « l’esbroufe, ni dans le show gratuit ». Fin de discussion.
De Scooby-Doo à Indiana Jones
Après cette séquence, hautement dramatique, digne des meilleurs épisodes de la mythique série animée « Scooby-Doo », nous rejoignons les responsables des R.I.P. dans les caves du château. Décidément, les responsables sont partout. Les caves sont inondées. Nous avons droit à une séquence que Nicolas Hulot n’aurait pas reniée. En effet, l’un d’eux fait, malgré lui, un plongeon dans les eaux glacées et répugnantes du château. Il conclut que l’endroit est décidément dangereux et qu’il ne faut surtout pas y amener quelqu’un. A l’instar d’Indiana Jones, les R.I.P. sont prêts à prendre tous les risques au péril de leur vie.
La deuxième nuit commence. Les ténèbres ont pris possession de la forteresse. Re-re-installation du matériel et re-re-briefing. Une bonne nouvelle : on s’aperçoit que l’équipe a enfin trouvé l’interrupteur permettant d’éclairer le QG ! L’équipe constitue des binômes et, à l’instar du célèbre chien détective et de ses acolytes, part explorer une nouvelle fois les lieux.
Nous suivons un binôme qui pénètre dans la forêt car, nous affirme-t-on, on aurait vu des ombres là-bas. Entièrement tourné à la caméra subjective, la séquence « Blairwitch » nous promet quelques frissons. La jeune fille du binôme commence à « voir des ombres partout et elle a trop peur » confie-t-elle. On le comprend, elle ne se sent pas très rassurée. Soudain, c’est l’affolement ! Le deuxième enquêteur panique et ne comprend pas ce qui lui arrive. Il sent une « présence invisible » l’agresser. Les mouvements aléatoires de la caméra et la musique particulièrement dramatique accentuent l’effet recherché. Digne des plus talentueux comédiens de l’Actor’s Studio, notre "expert" affolé affirme à qui veut l’entendre qu’il ne joue pas la comédie et que « ça va pas du tout là ! » et que « c’était horrible ». Ce qui est horrible, c’est surtout le jeu d’acteur ! Avec un minimum de talent, la séquence aurait gagné en crédibilité. La vérité, nous l’apprendrons, est plutôt simple. Notre professionnel du paranormal a chuté lamentablement dans un trou. Quelques ronces auront accroché le pauvre homme et joué le mauvais rôle de "l’entité". Malgré ça, notre spécialiste, encore tout tremblant, n’arrive toujours pas à s’expliquer ce qui s’est passé. Le boss, sûr de lui, lance un « de toute façon, on verra ça à l’analyse » ! Je me permets de lancer la question : l’analyse de quoi ? Du trou ? Des ronces ?
Alors, règle élémentaire pour tous les chasseurs de fantômes en herbe : faire un repérage des lieux, de jour, pour justement éviter ces mauvaises surprises. De plus, on peut s’interroger sur l’expérience de ces chasseurs de fantômes qui paniquent pour un rien. C’est compréhensible pour un néophyte, mais ça l’est moins pour ceux qui se sont aguerris aux techniques d’investigations dans les lieux hantés, à commencer par le sang-froid.
Un autre binôme décide d’y voir plus clair en retournant dans la forêt. L’angoissante attente commence. Le suspense est insoutenable. Stupéfaction ! Ils entendent des bruits ! C’est vrai que la présence de bruits dans une forêt, la nuit, est anormale… Soudain, alors que nos deux compères sont en communication par talkie-walkie avec le responsable, ils entendent un cri plutôt aigu. Difficile à dire en tant que téléspectateur mais ce bruit, notons-le, ressemble plus à une interférence qu’à autre chose. Il semblerait que notre ami Larsen se soit invité à la fête…
La porte ouverte à toutes les hypothèses
L’émission touche pratiquement à sa fin tandis que je reste sur ma faim. Tous les binômes ont fini leur ballade nocturne et sont revenus au QG. Pour l’instant, il ne s’est toujours pas passé grand chose. Néanmoins, les événements vont subitement s’enchaîner, comme à la fin d’un film de genre. Le coup de théâtre arrive à grands pas. En effet, chargé de surveiller l’écran de contrôle, l’un des enquêteurs se livre à la caméra : « J’étais en train de ranger… et je jette un coup d’œil sur le DVR [NDA : écran de contrôle], et je me rends compte que quelque chose a changé mais je n’arrive pas à savoir quoi… ». Précisons tout de même que le cadre à surveiller se limite à un mur et à une porte ouverte. Et j’insiste, ouverte ! Plutôt facile à surveiller, me direz-vous. Que nenni ! Du moins pas pour notre investigateur. Le responsable, lui, doit savoir puisqu’il est le responsable. On rembobine. Effectivement, l’œil du pro remarque immédiatement l’anomalie : la porte est maintenant fermée ! Damned ! C’est le choc parmi l’équipe habituée aux phénomènes paranormaux. La troupe se précipite sur place pour constater les faits, deux heures et demie après l’incident, et tente de reproduire le "phénomène" en question. Chacun y va de sa théorie et la met en pratique. Finalement, toute l’équipe déclame à l’unisson qu’il aurait été impossible pour qui que ce soit de s’approcher de la porte sans être pris par la caméra. Consciemment ou inconsciemment, c’est ce que l’on appelle en illusionnisme un beau détournement d’attention. Car pour être franc, il existe, dans ces conditions, différentes méthodes pour reproduire ce "phénomène", sans être filmé par une caméra. Méthode, vous le comprendrez, qu’il m’est impossible de révéler ici, par déontologie pour la profession des magiciens. Néanmoins, je peux vous guider sur des pistes qui vous donneront matière à réflexion. J’en profiterai aussi pour rappeler quelques règles de bases lors de la pratique d’une chasse aux fantômes. Nous prendrons comme exemple cette mystérieuse porte.
Vous vous demandez certainement comment cette "étrange" porte a pu se fermer. La vraie question ne réside non pas dans le comment mais bien dans le pourquoi. Plutôt que de vous triturer les méninges en focalisant votre intellect sur le "phénomène", projetez-vous en arrière et posez-vous les bonnes questions :
1. Dans l’hypothèse où cette porte n’a aucun lien avec la hantise, pourquoi filmer la porte de cette façon ? Il y a là une absurdité.
2. Dans l’hypothèse où la porte possède un lien avec la hantise, pourquoi vouloir la filmer en position ouverte et de dos ? Car, d’après la propriétaire, c’est le phénomène inverse qui se produit régulièrement : au petit matin, une porte se retrouve mystérieusement ouverte alors qu’elle était fermée à clé la veille.
3. Si cette porte a une importance, pourquoi ne pas la sceller et la filmer selon le protocole basique que tous les chasseurs de fantômes connaissent ?
4. Si cette porte a une importance, pourquoi la surveillance de cette dernière n’est assurée que par une seule caméra ? Pourquoi, par exemple, n’y a-t-il pas une seconde caméra de l’autre côté de la porte ?
5. Pourquoi avoir précisément choisi cet angle de prise de vue ? Car, à l’inverse, en orientant la caméra vers la porte ET son encadrement, donc en filmant aussi le couloir, il aurait été plus facile de démontrer ce qui a pu réellement se passer.
6. Pourquoi n’y a-t-il pas de détecteur de mouvement autour de cette porte qui aurait permis aux R.I.P. d’être avertis en temps réel ? Car, comme le dit si bien le responsable, le "phénomène" s’est déroulé deux heures trente avant que l’équipe ne s’aperçoive de quelque chose. Donc bien trop tard pour mettre toutes les chances de son côté et résoudre cette énigme.
7. Pourquoi, au moment du "phénomène", n’y a-t-il pas d’observateurs présents devant les écrans de contrôle ? Compte tenu des conditions citées ci-dessus, cette absence d’observateurs au moment crucial rend caduque toute tentative sérieuse de démontrer la véracité du phénomène en question.
8. Pourquoi, en fin de course, la porte opère un très léger recul qui laisse suggérer une traction non contrôlée de la fameuse porte ?
9. Cerise sur le gâteau : pourquoi, malgré leurs "compétences" et leur "rigueur" dans l’analyse, n’ont-ils pas vu, ou plutôt ont-il sciemment passé sous silence une ombre très suspecte ?
10. Enfin, pourquoi cette ombre très fugace mais néanmoins bien présente, juste sous le gond inférieur de la porte, apparaît-elle quand cette dernière se ferme "mystérieusement" ?
Vous le voyez ici, les pourquoi sont nombreux et vous donneront quelques indices pour vous mettre, lentement mais sûrement, sur la voie du comment. Élémentaire, mon cher Watson !
Filmer la porte comme elle a été filmée laisse la porte ouverte, si j’ose dire, à toutes les hypothèses, y compris à celle d’une intervention humaine. Attention, je n’accuse personne. Je dis simplement que, dans ces conditions, il est possible de reproduire ce phénomène sans être vu de la caméra. D’où l’importance pour un chasseur de fantômes de s’initier aux rudiments de l’illusionnisme, autant technique que psychologique. Et s’ils sont vraiment sincères, une autre hypothèse me vient à l’esprit : leurs méthodes d’investigations et la façon dont ils ont mis cette porte sous surveillance laisse penser qu’ils ignorent, tout simplement, les techniques de base des chasseurs de fantômes. Car, rappelons-le, hormis la poudre aux yeux que cela peut générer dans ce cas bien précis, le matériel high-tech, aux enjeux limités, ne reste qu’un outil parmi d’autres dont il faut faire usage avec précaution.
Enfin, je trouve étonnant que nous ayons le coup de la porte-qui-se-ferme-toute-seule justement en fin de programme. Scénario oblige ! En vérité, nous ne saurons jamais ce qui s’est réellement passé. Car nous autres, pauvres téléspectateurs que nous sommes, n’étions pas là. Finalement, avec la rigueur et le sérieux qu’ils se prêtent, il nous reste à faire entièrement confiance aux R.I.P. sur ce coup-là ! Entièrement confiance. J’ai du mal à l’écrire. Surtout quand l’un d’eux nous dit avec un doute mal dissimulé : « Nous étions en présence… d’un vrai phénomène paranormal ! »
Nous voici arrivés à la conclusion de ce "docu-soap" à ne plus faire croire aux fantômes. Ont-ils prévu une fin à la « Scooby-Doo » ? En clair, allons-nous démasquer un hypothétique complice qui aurait joué le rôle du vieillard reclus dans sa chambre et gémissant telle une créature issue du monde de Cthulhu ? Non absolument pas ! La plaisanterie va jusqu’à son terme, avec la conclusion hâtive et sans appel de l’expert en chef : « Une porte qui se ferme toute seule, ce son enregistré… confirment qu’une activité paranormale est présente dans le château de Veauce ! ». Rires. Applaudissements. Rideau.
L’émission au concept « inédit et original, jamais vu en France » s’achève sur l’image d’un classeur qui se referme. Affaire classée ? A l’intérieur, d’autres titres nous interpellent : « Le Triangle des Bermudes », « NDE », « La terre creuse », « Lincoln », etc, suggérant des suites. Est-ce bien raisonnable ?
Un "docu-soap" sur la pente savonneuse…
Vous l’aurez compris, chers amis lecteurs, amateurs de vraies chasses aux fantômes, cette émission, basée sur une surabondance d’artifices, n’a rien de bien sérieux et n’a pas convaincu. En tous cas, pas moi. Les fictions, à défaut de vouloir être crédibles, sont divertissantes et amusantes. Le programme R.I.P. n’a pas, selon moi, ces deux qualités….
On ne peut cependant pas leur en vouloir. Sauf que, quand ils disent avoir une démarche scientifique, qu’ils affirment filmer la réalité et ne pas faire « d'esbroufe, ni de show gratuit », ils ne sont pas tout à fait honnêtes. Il aurait été plus élégant de leur part de clairement annoncer la couleur de cette fiction, vendue, dans un flou trompeur, comme un documentaire. Toute la force de cette émission réside dans une réalisation énergique, voire nerveuse (trop peut-être car épuisante et lassante à la longue), le travail de l’image (rien à dire de ce côté-là !) et une musique aux accents hollywoodiens qui habillent ce produit marketing, sans quoi nous aurions une coquille vide qui ne tiendrait pas ses promesses.
Pour leur défense, certains esprits chagrins pourraient me rétorquer que les R.I.P. ont été les pauvres jouets du monde impitoyable de la télévision et que W9 leur a imposé, après signature du contrat, des contraintes au risque de dénaturer leur concept. Faux. Une fois l’accord passé entre les deux parties, nul ne peut changer à sa guise la mouture de l’émission. Les R.I.P. n’ont donc aucune circonstance atténuante et doivent assumer l’entière responsabilité de cette mésaventure télévisuelle.
D’autre part, selon leurs propres allégations, ils ont coproduit un concept dont ils sont les seuls instigateurs. Je n’irais pas trop vite en besogne, si j’étais eux, car on se souvient trop de la polémique qu’avait nourrie Laurence Boccolini il y a quelques mois quand les médias annonçaient ce projet. D’autres avant eux, et je ne surprendrais pas ceux qui me connaissent bien en disant que moi y compris, avaient déjà envisagé des concepts télévisuels inspirés des chasses aux fantômes, sans trouver la forme idéale échappant aux avidités d’une télévision à grand spectacle. De fait, W9 a fait son choix. Etait-ce le bon ? L’avenir le dira.
Malgré les déceptions, dont celle que les R.I.P. m’ont fait subir, je crois toujours fermement qu’il est possible de traiter à la télévision du sujet des lieux hantés. D’une façon plus intelligente évidemment. Les documentaires « Traqueurs de Fantômes » (9), « The Twilight Hour » ou encore le concept anglo-saxon « Most Haunted » nous l’ont démontré. Malheureusement pour les R.I.P., après une audience confidentielle si l’on en croit les chiffres, on est en droit de se poser deux questions : les diffuseurs auront-ils le courage de programmer une autre émission traitant du même thème, sous un angle différent ? Je le souhaite sincèrement. Enfin, après cet essai, non transformé d’après moi, la chaîne W9 osera-t-elle persister dans cette voie sans issue ? J’ose espérer que non, ne serait-ce que par respect pour le monde de l’invisible…
E.F.
*Spécialiste de l’histoire des fantômes et des phénomènes paranormaux, Erick Fearson travaille sur le terrain depuis vingt-cinq ans, en France et dans divers pays d’Europe. Il a publié en octobre 2008 un « Manuel du Chasseur de Fantômes » aux éditions JC Lattès.
(1) http://www.tdg.ch/geneve/actu/veulent-vivre-chasse-fantomes-2008-12-08
(2) http://www.societe.com/societe/r-i-p-recherches-investigations-paranor-502697873.html
(3) http://www.ipac-france.com/entreprises/news/QLombardMGE.php
(4) http://www.paranormal-fr.net/forum/rip-les-taps-a-la-francaise-t17389.php
(5) http://www.maison-hantee.com/files/auvergne/veauce050606.htm
(6) http://www.ledauphine.com/index.jspz?chaine=19&article=79846
(7) http://asl.univ-montp3.fr/e33slm/E33-TD2.pdf
(8) Voir l’ouvrage « Perception et communication chez les animaux » de Stephane Tanzarella
(9) http://www.vodeo.tv/lire/19-165-841-traqueurs-de-fantomes.html
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