mercredi 7 avril 2010

Ghost writers

A Lyon, capitale des gaules et ville ô combien symbolique pour l’étudiant que j’ai été, une maison d’édition publie les nouveaux talents. Elle a d’ailleurs tenu boutique au dernier Salon du Livre de Paris. Âmes d’écrivain, les ténors de l’édition vous toisent ? Ils gagnent suffisamment leur vie avec Paul Auster ou Eric-Emmanuel Schmitt. L’auto-publication vous fait peur ? Trop confidentiel. Pourquoi ne pas tenter votre chance avec les éditions Baudelaire ? Depuis 2007, elles scrutent les manuscrits, tranchent et révèlent les inconnus. Bien inspirés, deux auteurs ont frappé à leur porte. Ludovic Ardoise, enseignant, entraîne ses lecteurs sur un Parcours fantomatique dans les châteaux écossais. Quant à Jacqueline Kaatje, dont c’est le nom de plume, elle publie un recueil de Nouvelles tendres et insolites, aux frontières du mystère et de la fantaisie. Deux occasions de rêver, de flirter avec le surnaturel et ses légendes, de fouler l’imaginaire de ces écrivains de l’ombre.

Ludovic Ardoise nous livre sa vision de l’Ecosse, celle des fantômes et des châteaux hantés. Une destination incontournable pour les amateurs de vieilles pierres et de récits surnaturels. Très documenté, son carnet de route guide nos pas depuis Edimbourg, à travers tout le pays, dans le sens des aiguilles d’une montre. Cependant, depuis son canapé, la découverte à distance de ces lieux de mémoire, égrenés comme un chapelet, s’avère fastidieuse. Car, en Ecosse, chaque recoin cache un château et chaque édifice a son fantôme. Du coup, toutes les histoires se suivent et se ressemblent. Se contenter du texte n’apporte que des faits, une vision en deux dimensions. Pour donner du relief, de l’émotion, de l’authenticité, il faut se rendre sur place. Ainsi, si l’on reconnait à l’auteur un certain talent de collecteur, on déplore l’absence de fil narratif dans lequel il s’exposerait, s’impliquerait davantage, offrirait ses confidences, ses ressentis. Car, au pays des fantômes, tout voyage initiatique doit révéler une part de soi. En conséquence, le livre de Ludovic Ardoise est didactique mais pas assez personnel. Loin de la source, il perd son pouvoir. Mais, comme j’aurais aimé l’avoir avec moi, comme compagnon de route, il y a quelques années, lors de mon séjour en Ecosse, mon voyage de noces !

Parmi les nouvelles mystérieuses de Jacqueline Kaatje, l’une d’elle a touché le nostalgique des châteaux que je suis. Ceux qui souffrent d’abandon ou de manque d’entretien, et que leurs propriétaires tentent de sauvegarder, par tous les moyens. Coïncidence étonnante, je me suis rendu récemment en week-end dans le Perche, à quelques kilomètres du château imaginaire qui sert de décor à cette nouvelle, Le fantôme de la Danseray : « Vers Montmirail, il cessa de pleuvoir et à Vibraye le ciel s’éclaircit franchement. Dans un virage de la petite route qu’ils suivaient depuis un moment, le manoir de la Danseray leur apparut, superbe, juste au milieu d’une grande tâche de soleil. ». Un pianiste, aidé de son amie danseuse, forme le projet de monter un spectacle de ballet pour récolter des fonds afin de financer la rénovation du château de son grand-père. Or, l’histoire d’amour sous-jacente entre les deux artistes est perturbée par l’irruption du fantôme de famille. Une intrigue simple mais réaliste, au dénouement convenu (j’imaginais le pire !), où le paranormal paraît normal. Les autres récits plongent le lecteur dans la même atmosphère étrange et poétique. Loin du surnaturel macabre et glaçant, voici un recueil de petites histoires tendres qui flatteront les âmes d’humeur légère.

La littérature fantastique n’a pas bonne presse auprès des gros éditeurs. Pourtant, comme dirait Charles Baudelaire, « le beau est toujours bizarre ». L’imagination fertile et le style alerte de nombreux auteurs, la plupart ignorés, méritent plus d’égards. Soyons vigilants, pour ne pas les manquer.

7 commentaires:

Michelle a dit…

Alors les petites maisons d'Editions recèleraient-elles des ressources insoupçonnées susceptibles d'intéressés le lecteur passionné par le fantastique et le paranormal ? visiblement !

Ils ont eu la main verte en choisissant le livre de Ludovic Ardoise pour son livre traitant des fantômes et des châteaux hantés en Ecosse. Bon sujet qui ne laisse personne indifférent car ces ouvrages sont plutôt issus de source anglophone en général. Alors pour ce pays emprunt de légendes et terre élue des fantômes, il était ingénieux d’en parler et surtout de faire partager des promenades non moins intéressantes. Il est étrange que la littérature fantastique n’ait pas bonne presse auprès des gros éditeurs, ’ils passent à côté de trésors cachés et d’écrivains avec du talent. Les nouvelles mystérieuses ne laissent jamais indifférents, surtout si l’atmosphère se substitue au monde présent qui nous entoure. Dans ce cas là on peut considérer que le pari est gagné, inviter le lecteur à partager un autre monde qui ne laisse là jamais les gens “de marbre” comme on dit !!! Belle promenade aussi où vous nous invitez dans le Perche, j’ai cru à un moment que j’étais présente là aussi tant vous avez si bien décrit l’environnement qui enrobe la nouvelle “le fantôme de la Danseray”. A lire et à voir très certainement !!!

Michelle Lhôrence

salomé a dit…

Les livres semblent alléchants, mais pour précision, les éditions Baudelaire sont une maison d'édition à compte d'auteur (lorsque l'on demande environ 3000 euros à un auteur pour le publier et que le comité de lecture emballe en quinze jours un avis positif, ce n'est pas vraiment bon signe...), désolée pour la digression mais je suis un peu lasse de ce genre d'arnaques. Le monde de l'édition est assez dur comme cela sans en plus faire miroiter aux auteurs qu'ils ont du talent alors qu'on ne leur demande qu'un porte feuille bien garni !

Quoi qu'il en soit, je souhaite bonnes chances aux auteurs et leur souhaite de réussir malgré les difficultés rencontrées.

(Salomé qui ronchonne encore)

Erick Fearson a dit…

Je ne connais pas les "Editions Baudelaire", mais il est vrai que si l'on croise le chemin de maisons d'éditions qui publient à compte d'auteur, il est préférable de passer son chemin, excepté si on veut perdre de l'argent ou que l'on désire uniquement voir ses écrits se matérialiser sous la forme d'un livre papier. Pour ce dernier cas, il est préférable de passer par le POD (Print On Demand), qui au moins ne coûtera rien à l'auteur.

Malheureusement, toutes ces maisons d'éditions à compte d'auteur joue sur l'ego et le désir des auteurs à vouloir être publié. Autant dire que c'est un filon qui n'est pas prêt de se tarir pour ces "éditeurs". Et c'est bien dommage.

Erick F. (qui voit que Salomé ronchonne quand même un peu moins que la première fois ! :-)

Michelle a dit…

Il est assez difficile de se faire éditer dans des grosses maisons d'Editions, sauf cas exceptionnel, elles ne représentent pas plus un label de qualité que des maisons d'éditions à compte d'auteur qui peuvent diffuser des talents jusqu'à présent inconnus et qui permettent pour certains ensuite d'être connus. Rares sont les maisons d'Editions qui donnent un avis positif en quinze jours sauf parfois pour ceux qui se sont déjà fait une place, le comité de lecture ayant en général le droit de vie ou de mort sur un livre. La sélection d'un ouvrage par un comité de lecture est toujours très subjective dans tous les cas, comme on dit, "on ne peux pas plaire à tout le monde".

Maintenant les maisons d'Editions à compte d'auteurs qui demandent des sommes exhorbitantes sont à proscrire évidemment mais certaines d'entre elles permettent de donner de l'élan à des écrivains inconnus et de révéler aussi de bons écrivains, d'excellents textes sans attendre des années pour être édités au bon vouloir d'un comité.
Le pour et le contre dans les deux cas.

Michelle Lhôrence

salomé a dit…

Il va falloir que j'aille passer quelques jours dans un monastère, à me nourrir de racines de pissenlits tout en me flagellant d'orties fraîches, peut-être serais-je plus conciliante^^, toutefois j'espère ne pas avoir froissé Mr Fearson avec mes doutes concernant son dernier livre. Il ne s'agissait d'ailleurs pas de râler, juste d'interrogations. Comme vous le disiez, il n'est pas bon de laisser entre n'importe quelles mains certaines connaissances, il ne s'agit pas d'élitisme (j'espère que vous me comprendrez), mais plutôt de prudence, j'avoue ne pas en savoir assez concernant ce domaine pour donner peut-être mon avis, mais il m'a semblé (et peut-être ai-je tord), que concernant ces arts, celui de la manipulation est une donnée importante, et qui pouvait s'avérer dangereuse... Voilà ce qui m'a un peu dérangé, mais n'y voyez aucune animosité.
Merci à Michelle pour ses propos plus modérés (et plus sages) que les miens.

Amaury a dit…

Evidemment, j'avais lu cet article il y a déjà quelques jours, et ce débat sur les éditions à compte d'auteurs était très instructif. Si en plus on nous propose quelques beaux ouvrages sur nos sujets de prédilection, alors on frise le septième ciel.
Je tacherai de me renseigner sur tout cela.

Editions Baudelaire a dit…

Bonjour,
En consultant les commentaires de vos lecteurs, je souhaiterais rétablir une réalité.
Si nous étions une maison d'édition à compte d'auteur, je ne serais pas votre interlocutrice, chargée au sein des Editions Baudelaire de la promotion des livres et des contacts avec les organisateurs de salons du livre qui accueillent des auteurs.
De plus, nous ne prendrions pas de stand (comme dit plus haut), à nos frais, à deux salons du livre d'éditeurs prestigieux et reconnus, où nous accueillons le plus d'auteurs possible afin qu'ils dédicacent leur(s) livres(s) et rencontrent le public.
Je vous laisse découvrir notre page sur Facebook dont la publication a eu lieu juste avant le salon de Genève. En effet, notre site internet, très complet, ne reflète cependant pas l'événementiel lié à nos parutions.
Mon service est de plus en relation avec les libraires et nous travaillons avec trois distributeurs : pour la France, la Suisse et la Belgique.
Lorsqu'un manuscrit est accepté par notre maison après passage en comité de lecture, l'auteur reçoit une proposition de contrat qui met à sa charges les frais de maquette du livre. C'est ce qu'on appelle une formule d'édition participative.
Enfin, plusieurs de nos auteurs en sont chez nous à leur deuxième, troisième, voire quatrième titre.
Cela méritait d'être précisé !
Merci.
Service Communication