mardi 7 avril 2009

La Fille aux Esprits

Dans la lignée de Rosemary Timperley, écrivain du XXe siècle et auteur de nouvelles fantastiques qui mettent souvent en scène des enfants en proie à des phénomènes surnaturels, Laura Amy Schlitz publie son dernier roman, La Fille aux Esprits, chez Casterman Jeunesse. Une histoire de fantômes dont l’intrigue puise dans les ressorts du spiritisme. L’action se déroule au début du XXe siècle. La jeune Maud, 11 ans, est une orpheline qui se distingue dans son pensionnat par son tempérament rebelle. Elle doit donc subir les punitions infligées par la directrice jusqu’au jour où trois sœurs décident de l’adopter. Dans leur résidence familiale, Maud est couvée par ses nouvelles tutrices dont Jacinthe, la plus excentrique, qui la comble de cadeaux. Folle de joie bien qu’on lui interdise de révéler sa présence à l’extérieur du manoir, elle se lie d’amitié avec la servante, muette et boiteuse. La jeune orpheline semble ravie de sa nouvelle vie mais elle découvre bien vite qu’elle ne doit rien à la providence. Les sœurs Hawtrone lui demandent de se faire passer pour un esprit lors de séances de spiritisme pendant lesquelles elles escroquent une clientèle fortunée. Partagée entre l’immoralité du procédé et le confort de son nouveau foyer, Maud accepte de jouer le jeu. Mais, la nouvelle cible des faux médiums, la richissime Eleanor Lambert, dont la petite Caroline est morte noyée, va révéler le véritable caractère de Jacinthe et faire basculer la vie de Maud.
Initialement dédié aux jeunes lectrices qui peuvent facilement s’identifier au personnage de Maud, ce roman inspiré et original puise subtilement dans le registre de la ghost story et s’adresse finalement à un public plus large, friand de classiques fantastiques. De nombreux codes sont respectés : la jeune fille à l’enfance troublée, le manoir et ses secrets, la gouvernante complice, les vieilles filles fourbes et manipulatrices et le fantôme du défunt, mi-rêve mi-réalité. On se laisse facilement captiver par le dilemme auquel l’héroïne est confrontée : être complice d’une machination diabolique qui profite de la crédulité d’une femme rongée par le chagrin ou refuser une vie bourgeoise loin des turpitudes de l’orphelinat. L’intrigue illustre aussi les dérives du spiritisme, une mode très en vogue du XIXème siècle à la première guerre mondiale, où des vendeurs de souvenirs troquaient leurs talents d’illusionnistes contre monnaie sonnante et trébuchante.
Un mélodrame agréable à lire, loin des romans "à l’eau de rose", qui prouve que, dans les intrigues paranormales, les enfants ne sont épargnés ni par les vivants, ni par les morts. O.V.

mercredi 1 avril 2009

Deauville Asia 2009 : Journal de bord d'un festivalier

Après une longue attente, me voici de retour, comme chaque année, au Festival du Film Asiatique de Deauville. C’est la 11e édition du genre consacrée cette année à la Corée du Sud. L’année 2008 ne fut pas riche en films fantastiques, genre dans lequel, il faut bien le reconnaître, les réalisateurs du lointain Orient sont passés maîtres. A mon grand dam, ce nouveau cru est aussi pauvre en surnaturel ! Que se passe-t-il ? Le genre deviendrait-il « persona non grata » à Deauville ? Le seul film hors compétition qui, me semble-t-il, flirte avec le fantastique est « Yamagata scream » du japonais Naoto Takenaka. Je dis bien « semble-t-il » car je n’ai malheureusement pas l’opportunité d’assister à la projection étant retenu sur un autre film. En deux phrases, voici le synopsis :
« Un homme d'affaires et des lycéennes en voyage de classe réveillent accidentellement les guerriers samouraïs de yamagata. Ces derniers, transformés en zombies, retournent dans le village d'oshakabe pour se venger des descendants des habitants et mettre ainsi fin à leur malédiction ». Le synopsis peut prêter à sourire, mais les japonais réalisent parfois des merveilles sur des scénarios aussi improbables.

Dans la sélection « Action Asia », nous retrouvons le réalisateur thaïlandais Thanakorn Pongsuwan, présent l’année dernière avec son film « Opapatika », seule œuvre empreinte de fantastique. Cette année, il revient avec « Fireball ». L’histoire met en scène un ex-taulard qui cherche à venger son frère, plongé dans un coma profond suite à sa participation à un tournoi de fireball, un jeu violent dérivé du basketball et organisé clandestinement par des bandes criminelles. Scénario classique dans le genre qui ne surprend guère. Je fais à Pongsuwan les mêmes reproches que son précédent film : œuvre superficielle où les scènes d’actions trop nombreuses mettent en avant une violence omniprésente et gratuite. Ce film n’a aucun intérêt et ne remporte d’ailleurs aucun prix.

Dans la même catégorie et donc en compétition, nous retrouvons « The divine weapon » du Sud Coréen Yoo-jin Kim. Il s’agit là d’un film en costumes d’époque que, malgré une facture classique, j’ai apprécié et qui se laisse agréablement regarder. Scène de combats, humour, aventure et histoire d’amour en filigrane… En clair, tous les ingrédients sont réunis pour faire de ce film un succès commercial. Le pitch tient en peu de mots : «Pendant le règne du roi sejong, la dynastie coréenne joseon était l'incarnation parfaite de l'état. pour la dynastie chinoise ming, prétendant au pouvoir impérial, joseon représentait un obstacle à son expansion territoriale. afin de défendre son royaume, le roi sejong développa secrètement une arme d'une puissance inégalée… ». Lui non plus ne remporte pas de prix.

Si cette édition est pauvre en films fantastiques, elle nous réserve cependant quelques belles surprises tout en finesse et en émotion.

Tout d’abord, « Naked of defenses » du réalisateur japonais Masahide Ichii. Œuvre à l’atmosphère surréaliste qui aborde un sujet grave mais dont le réalisateur a su alléger l’ambiance avec quelques touches d’humour. En effet, tout au long du film, des moments drôles ponctuent un propos tout à fait sérieux. Suite à un événement dramatique, une femme se coupe de toute émotion et traverse sa vie machinalement, avec aigreur et sans espoir d’un avenir meilleur. Mais une jeune femme à la personnalité spontanée va faire irruption dans sa vie. Par sa condition de femme enceinte, elle va réveiller les douleurs du passé, mais aussi l’étincelle de vie chez celle qui n’attend plus rien. Ce film qui a déjà remporté plusieurs prix dans d’autres festivals, notamment le grand prix du « Pia Film Festival » en 2008, ne séduit malheureusement pas le jury de Deauville.

Vient ensuite « Island Etude » de En Chen. Un jeune homme malentendant décide de longer les côtes taïwanaises à vélo, sa guitare en bandoulière, afin de faire le tour de l'île en sept jours. Bouffée d’air pur parmi une sélection de films à l’atmosphère pesante, cette carte postale ne régale pas non plus le jury. Dommage.

Nous poursuivons avec « My dear enemy » (hors compétition) du Sud Coréen Yoon-ki Lee, une comédie fort sympathique. L’histoire : Sans travail, trentenaire et célibataire, Hee-so est une jeune femme malheureuse. Un jour, elle part à la recherche de son ancien petit ami, Byoung-woon. Ce n'est pas l'amour qui va les réunir à nouveau mais une somme d'argent que Byoung-woon lui a empruntée un an plus tôt. Egalement sans ressources, ce dernier est toujours ravi de rencontrer des filles prêtes à lui donner de l'argent.
Malgré le portrait peu reluisant du héros, on se prend de sympathie pour lui et découvre petit à petit, sous son air insouciant et apparemment immature, son humanité. J’ai beaucoup aimé.

J’ai toujours apprécié les films asiatiques et souvent épiques en costumes d’époque, mêlant scènes de combat et décors fabuleux. De fait, je recommande « A frozen flower » (hors compétition) réalisé par Ssang Hwa Geom et inspiré de faits réels.
Treizième siècle. Devant la montée de l'influence politique de la dynastie yuan sur la dynastie goryeo, le roi de goryeo décide de créer une garde rapprochée d'élite. Il tombe sous le charme de Hong lim, le commandant en chef de cette unité. Un jour, le roi lui ordonne de coucher en secret avec la reine plutôt qu'avec lui, afin de lui donner un fils qui sera son successeur et renforcera ainsi l'indépendance de goryeo.
Ce film d’aventure, avec en fond une histoire d’amour impossible, est un plaisir pour les yeux, malgré parfois quelques petites longueurs.

Je termine avec certainement le plus beau film du festival, évidemment hors compétition. Il s’agit de « Departures » du Japonais Yojiro Takita qui a remporté de nombreuses récompenses à travers le monde. En effet, outre les récompenses remportées dans son propre pays, cette œuvre sublime a reçu le grand prix des Amériques au Festival des films du monde de Montréal, le prix du public au festival du film de Hawaii ainsi que trois récompenses aux « Oscars » chinois. Enfin, ultime consécration à Hollywood, il a obtenu dernièrement l’Oscar du meilleur film étranger.
Daigo, un violoncelliste, retourne dans son village natal afin de chercher un nouvel emploi après la dissolution de son orchestre. Il est engagé dans une entreprise de pompes funèbres mais, de honte, n'arrive pas à l'avouer à sa femme. Ce travail que personne ne veut faire et que Daigo lui-même n'aurait jamais pensé faire va transformer aussi bien les morts que leurs proches encore en vie.
Ce film qui nous plonge dans les rites funéraires japonais est une réussite en tout point. Le réalisateur aborde cet univers avec une grande sensibilité sans jamais tomber dans la facilité. Et si le sujet peut sembler de prime abord assez noir, il est ponctué de nombreux moments très drôles et magnifiquement porté par la musique de Joe Hisaishi (Princesse Mononoké, Le voyage de Chihiro, Le château ambulant…). Ce dernier était d’ailleurs présent l’an passé à Deauville. En clair, dès sa sortie, courez voir ce film touchant et lumineux qui aborde un sujet universel, mais néanmoins tabou dans notre société occidentale : la mort.

Erick Fearson

Crédit photo : Yuko T.

Simon Marsden à la London Ghost Week 2009

Du 24 avril au 2 mai 2009, la ville de Londres organise, pour la première fois, la « London Ghost Week », un programme de visites, d’activités et de rencontres à la découverte des fantômes de la capitale britannique. Or, le samedi 25 avril, Sir Simon Marsden, photographe du surnaturel, auteur de nombreux ouvrages de photographies de lieux hantés, donne rendez-vous à ses lecteurs, de 19h à 23h, au 86 St James Street, pour une conférence sur son parcours, ses voyages et ses techniques. Une occasion unique de rencontrer un maître du mystère et de se procurer ses livres dédicacés. Entrée payante. O.V.